Il
y a quelque chose de troublant : les chinois ne sont jamais
pressés et pourtant ils sont toujours en avance. Tout est dans
l’impulsion initiale. A-t-on jamais vu un passant courir ? un
automobiliste exploser d’impatience dans un embouteillage ?
Certes, l’incident éclate quand une tôle se froisse. Mais, hormis
cet attentat extrême, nul outrage ne vaut vraiment le courroux.
Politesse brûlée, irrespect du code de la route, stationnement
fantaisiste : chacun en prend stoïquement son parti. Le
spectacle de la rue, c’est un flux calme et léger, une inexorable
coulée avant le relief, une ondulation qui dénoue le plus
embrouillé des écheveaux. La circulation chinoise a cette légèreté
suspendue du pinceau du calligraphe ou du geste nonchalant du
qigong . Nul chinois n’aurait pu écrire "L’Homme pressé".
"Voyage au centre de la Chine", Frédéric
Bobin, 2007.























